samedi 10 janvier 2026

10 janvier 2026 : les petites histoires de Jipé : 1

Silence

La vieille peau est morte

l’esprit s’est envolé

Et chante sur le faîte

D’un arbre calciné

(Grisélidis Réal, Chair vive : poésies complètes, Seghers, 2022)

 

                    J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique : les petites histoires de JP. Il pourrait y en avoir une par mois, ou tous les deux mois, je ne sais pas encore. on verra selon mon inspiration. Ce sera de petites fictions, contes, historiettes... Mais toujours de mon imagination ou des choses que j'ai plus ou moins entendues.

Les chatons

        Les chats ont miaulé toute la nuit. Au matin, dans sa chambre, papy rencontre sa petite fée aux yeux magiques..

        — Tu as entendu les chats ? demande le papy.

        — Voui ! Ils sont montés sur le toit pour manger des sucettes.

        — Des sucettes ? Mais elles sont dans la cuisine.

        — Mais non! Des sucettes pour chats!  Pas mes sucettes ! Y a des sucettes pour tous les animaux, les poules, les chiens, les dragons et les chats ..

        — Des sucettes pour chats ?

        — Voui ! Je pense que ce sont les étoiles, c’est pour ça qu’ils montent sur le toit. Pour lécher les étoiles !

        — Ah oui ! Et c’est pour ça qu’ils miaulent ?

        — D’abord, ils font pas miaou-miaou, ils font miam-miam parce qu’ils et elles se régalent. les petites chattess en mangent tellement que leur ventre devient tout gros, et avec leurs petits bras elles font un cercle devant elles et marchent comme si elles pesaient cent kilos.

        — Tu es sûre de ça ?

        — Ben, pourquoi, tu sais pas encore, à ton âge ?

        — Je ne sais pas quoi ?

        — Hé papy ! comment tu crois que les chattes font des bébés chatons ?

 

        Là, papy doit s’avouer qu’il se sent largué ! Il a fallu qu’il soit grand-père pour savoir comment les chatons venaient au monde.

 


 

 



 

 

mardi 6 janvier 2026

6 janvier 2026 : mon équipée de Noël et du Nouvel an

 

Vous ne verrez jamais un oiseau ne pas s’éveiller à l’aube et s’octroyer une grasse matinée. 

(Amélie Nothomb, Psychopompe, Albin Michel, 2023)

 

                    Ne le prenez pas mal, mais j'ai toujours rêvé d'être un oiseau, et je m'éveille toujours à l'aube, même s'il m'arrive parfois de traîner ensuite un peu au lit, pour continuer ou terminer un livre. J'ai horreur des grasses matinées, je suis du matin, et pas du tout du soir : je n'ai que rarement mis les pieds en boîte de nuit. Bigre, j'ai toujours cru que la nuit était faite pour dormir, plutôt que de "danser" (gigoter conviendrait mieux !)...

                    J'ai donc, après le repas de Noël des Petits frères des Pauvres, du 24 décembre midi à Bordeaux, où j'étais à la fois serveur (une vingtaine de bénévoles comme moi accueillaient, plaçaient et servaient les plats aux personnes âgées que nous accompagnons pendant l'année, et qui étaient suffisamment valides pour y venir), convive, et un peu animateur (danse, chanson, discussions), continué ma route pour une nouvelle vadrouille.

                    Le 25, j'étais à Toulouse, logé chez ma sœur Marie-France, mangeant le midi chez ma belle-sœur Anne et le soir chez Marie-France. J'y ai donc vu une partie de ma famille, dont ma fille, son compagnon et ma petite-fille Sasha, également logés chez ma sœur, et une partie de ma belle-famille. C'était convivial et très agréable. Je me suis pas mal promené, seul pour aller à la poste acheter des timbres et des enveloppes pré-timbrées, ou en groupe : il faisait froid, mais beau.

                    Étape suivante : Lamalou-les-Bains, chez mon autre sœur Monique. Le 27 décembre, le voyage a été assez rocambolesque, avec le train TER Toulouse-Narbonne annulé, j'ai dû prendre le suivant qui, évidemment, allait être bondé. Sur le quai, la cohue était indescriptible pour monter dans les voitures. Le haut-parleur annonçait des bus supplémentaires pour faire le même trajet. J'ai quand même réussi en jouant des coudes à me hisser dedans, mais sans pouvoir m'asseoir plus d'une heure entre Toulouse et Carcassonne. Nous étions au touche-touche avec nos sacs et valises ! Enfin, j'ai pu arriver à Bédarieux, toujours en train, puis à Lamalou, en bus.

                    Monique avait préparé une grande réunion de famille, avec mon autre sœur, Maryse, de Bordeaux, venue à Montpellier avec son mari voir leur fille Pauline, trentenaire établie dans cette ville. Et bien sûr, Monique avait invité sa propre fille, Milena, trentenaire également, vivant aussi près de Montpellier. Les deux trentenaires étaient accompagnées de leurs chéris, que je n'avais vus jusque là qu'épisodiquement. Nous étions donc neuf, en comptant le mari de Monique. Le repas fut très animé, surtout par les deux jeunes hommes, qui se sont montrés gros mangeurs, grands buveurs et bons blagueurs.

                    Dernière étape, Lyon, où depuis quelques années, je passe le réveillon du Nouvel an avec Jean (75 ans), mon compagnon du cargo de 2013, avec qui j'avais sympathisé. Manquait à l'appel Dame Fortune, comme l'appelle Jean, qui partageait mes agapes de Lyon ; Fortune (93 ans aujourd'hui), je l'avais connue lors de mon voyage à Tanger en 2012. Nous avions fraternisé sur le ferry d'Algésiras à Tanger et je l'avais surnommée "la vieille dame de Tanger". Je l'avais fait connaître à Jean. Elle n'était plus très valide depuis trois ans, mais je l'invitais en général au restaurant à midi le 30 décembre jusqu'à l'an dernier. Cette année, elle venait de tomber dix jours avant mon arrivée, et s'était cassé le col du fémur. Elle était donc à l'hôpital Édouard Herriot, où je suis allé la voir. Très affaiblie, elle battait la campagne, s'imaginant qu'on la ramènerait chez elle et qu'elle reprendrait sa vie ordinaire.

Lyon sans Guignol n'est plus Lyon !

                    J'ai donc dû me contenter de Jean pendant mes autres journées de Lyon. Bon cuisinier, il m'avait prévu de bons petits plats auxquels il touchait à peine, n'ayant plus très faim. J'y ai fait honneur, bien que n'étant pas moi-même très glouton : j'ai ouverte les huitres. Je suis sorti, plusieurs fois tout seul, pour prendre l'air et tâter le pouls de la métropole lyonnaise, le soleil était magnifique. Mais c'était la première fois qu'il faisait froid depuis que je passais ma fin d'année à Lyon. Des trois mousquetaires lyonnais, j'étais le plus alerte !

L'ouverture des huitres

                        Et je suis rentré en solo à Bordeaux par le car Flixbus qui traverse le Massif central par Clermont-Ferrand. Ce n'est pas dans l'intention de la SNCF de recréer une liaison ferroviaire entre nos deux villes, sauf à passer par Massy !!! Mais ces huit jours de balade m'ont fait un bien fou : j'étais hors du temps, je ne me suis pas du tout intéressé à l'information, je ne savais rien de ce qui se passait en France et dans le monde, et surtout je voyageais seul, ce qui m'a valu de faire de belles rencontres éphémères, tant dans le train que dans l'autocar. Il y avait longtemps que je n'avais eu des vacances aussi froides, un temps aussi sec, et j'étais pourtant plutôt exalté. Et puis, j'ai lu Sénèque, L'art d'apaiser  la colère. Bref, un beau voyage, méditatif aussi.

 

dimanche 4 janvier 2026

4 janvier 2026 : Les USA, état voyou

 

Rien de plus funeste que les inimitiés : elles sont le fruit de la colère. Qu’est-ce que la guerre, ce fléau qui dépasse tous les fléaux ? L’explosion de la colère des grands.

(Sénèque, L’art d’apaiser la colère, trad. Félix Lemaistre, Mille et une nuits, 2025)

 

                Voici que, au moment d'envoyer mes vœux par mon blog, j'apprends les événements du Vénézuela, dont je savais que ce serait la prochaine victime de Trump, les ingérences américaines en Amérique latine étant notoires et s'accentuant sous la présidence  de ce cet "élu" à moitié dingue. Ce nouveau coup d'éclat va éclipser les événements de Palestine, Ukraine. Pourquoi désormais la Chine se gênerait-elle pour s'emparer de Taïwan qui, après tout, a longtemps fait partie de l'Empire chinois ? Comme l'approvisionnement en pétrole est l'une des causes de l'enlèvement d'un président (qui ne cachait pas son hostilité à Trump), ce dernier va avoir quartier libre pour déstabiliser l'Iran (autre pourvoyeur potentiel de pétrole), pour avoir enfin raison de Cuba, etc...

                    Je vous livre le texte d'Alain Graux sur son blog :

La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis remonte à un accord conclu par Henry Kissinger avec l'Arabie saoudite en 1974…. Il s'agit en réalité de la survie du dollar américain en tant que monnaie d'échange internationale, un système qui assure la domination impériale de ce pays.

Ni la drogue. Ni le terrorisme. Ni la « démocratie ». Il s'agit du système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans. Et le Venezuela vient de menacer d'y mettre fin.: Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées. Le plus grand du monde. Plus que l'Arabie saoudite. 20 % du pétrole mondial. Mais voici ce qui compte :

Le Venezuela vendait activement son pétrole en yuans chinois, et non en dollars. En 2018, le Venezuela a annoncé son intention de « se libérer du dollar ». Ils ont commencé à accepter les yuans, les euros, les roubles, tout sauf les dollars pour le pétrole. Ils demandaient à rejoindre les BRICS. Ils mettaient en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT. Et ils disposaient de suffisamment de pétrole pour financer la dédollarisation pendant des décennies. Pourquoi est-ce important ? Car tout le système financier américain repose sur une seule chose : Le pétrodollar. En 1974, Henry Kissinger a conclu un accord avec l'Arabie saoudite :

Tout le pétrole vendu dans le monde doit être tarifé en dollars américains. En échange, l'Amérique assure sa protection militaire. Cet accord unique a créé une demande artificielle de dollars à l'échelle mondiale. Tous les pays du monde ont besoin de dollars pour acheter du pétrole. Cela permet aux États-Unis d'imprimer de l'argent à volonté tandis que d'autres pays travaillent pour cela. Il finance l'armée. L'Etat-providence. Les dépenses déficitaires. Le pétrodollar est plus important pour l'hégémonie américaine que les porte-avions. Et il existe un schéma récurrent quant à ce qui arrive aux dirigeants qui le contestent :

2000 : Saddam Hussein annonce que l'Irak vendra son pétrole en euros et non plus en dollars. 2003 : Invasion. Changement de régime. Le pétrole irakien est immédiatement reconverti en dollars. Saddam Hussein est lynché. Les armes de destruction massive n'ont jamais été trouvées car elles n'ont jamais existé.

2009 : Kadhafi propose une monnaie africaine adossée à l'or, appelée « dinar or », pour le commerce du pétrole. Les courriels divulgués d'Hillary Clinton elle-même confirment que c'était la raison PRINCIPALE de l'intervention. Extrait d'un courriel : « Cet or était destiné à établir une monnaie panafricaine basée sur le dinar d'or libyen. »

2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est assassiné. La Libye abrite désormais des marchés d’esclaves à ciel ouvert. « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! » a lancé Clinton en riant devant la caméra. Le dinar d'or mourut avec lui.

Et maintenant Maduro. Avec cinq fois plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis. Vente active en yuans. Créer des systèmes de paiement hors du contrôle du dollar. Demande d'adhésion aux BRICS. En partenariat avec la Chine, la Russie et l'Iran. Les trois pays à la pointe de la dédollarisation mondiale. Ce n'est pas une coïncidence. Contester le pétrodollar. Changer de régime. À chaque fois.

Stephen Miller (conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis) l'a littéralement dit à voix haute il y a deux semaines : « L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur, à l’ingéniosité et au labeur des Américains. Son expropriation tyrannique constitue le plus grand vol de richesses et de biens américains jamais enregistré. » Il ne le cache pas.

Ils prétendent que le pétrole vénézuélien appartient à l'Amérique parce que des entreprises américaines l'ont exploité il y a 100 ans. Trump l'a proclamé lui-même.

Le pétrodollar : une mort annoncée.                                              La Russie vend son pétrole en roubles et en yuans depuis la guerre en Ukraine et les sanctions. L'Arabie saoudite discute ouvertement des règlements en yuans. L'Iran commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années. La Chine a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays. Les BRICS développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar. Le projet Bridge permet aux banques centrales de régler instantanément les transactions en monnaies locales. L'adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, accélérerait ce processus de manière exponentielle. Voilà le véritable enjeu de cette invasion.

On ne lutte pas contre le trafic de drogue. Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis. Ce n'est pas du terrorisme. Il n'y a absolument aucune preuve que Maduro dirige une « organisation terroriste ». Ce n'est pas la démocratie. Les États-Unis soutiennent l'Arabie saoudite, qui n'organise aucune élection. Il s'agit de maintenir un accord vieux de 50 ans qui permet à l'Amérique d'imprimer de l'argent pendant que le monde travaille pour elle. Et les conséquences sont terrifiantes :

La Russie, la Chine et l'Iran dénoncent déjà cela comme une « agression armée ». La Chine est le plus gros client pétrolier du Venezuela. Ils perdent des milliards.  Tous les pays, comme les BRICS,  qui envisagent la dédollarisation viennent de recevoir le message : défiez le dollar et nous vous bombarderons. Mais le message pourrait accélérer la dédollarisation, et non l'arrêter. Désormais, tous les pays du Sud Global savent ce qui arrive lorsqu'on menace l'hégémonie du dollar.

Le 3 janvier 2026 le Venezuela est bombardé et le président Maduro est capturé. Déjà le 3 janvier 1990, c'était l'Invasion du Panama et la Capture de Noriega. Presque jour pour jour. Même scénario. Même accusation de « trafic de drogue ». La même raison; ce qui était vrai pour Noriega et n'est pas vraisemblable pour Maduro. Pour les mêmes objectifs: le contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales, et aussi le contrôle du continent américain, selon le principe de la doctrine Monroë : une chasse gardée des Etats-Unis, comme pour Poutine, le contrôle - perdu - de la zone d'influence soviétique est la raison de la guerre en Ukraine. Pour la Chine  c'est un peu différent : Taîwan était une partie de son territoire, pas une zone d'influence extérieure. Dans ses surprenantes et précédentes déclarations, Trump affirmait revendiquer aussi le Canada et surtout le Groenland, pays du Continent américain. Quelles seront les prochaines étapes ? D'abord en Amérique dite latine : le Nicaragua, le Brésil (Trump interviendra sans doute dans les prochaines élections comme il l'a fait honteusement en Equateur, en Bolivie, au Honduras au Chili), Cuba, puis le Mexique dont la présidente progressiste Claudia Sheinbaum est une scientifique, climatologue, spécialiste de l'efficacité énergétique, l'une des autrices principales du cinquième rapport d'évaluation du GIEC. Toutes disciplines, bannies par Trump!

Avec ce type et sa bande evangélo-extrémiste de droite, il faut s'attendre à tout, y compris dans l'UE, considérée comme une ennemie économique, parce que concurrente avec l'euro, sa monnaie unique ... 

Alain Graux


 

                    Sur ce, bonne année quand même, et relisons Sénèque.