samedi 19 avril 2025

19 avril 2025 : Gaza toujours et encore

En Palestine, l'incendie n'a jamais cessé. Mais comment le pourrait-il alors que tout un peuple est enfermé derrière les barbelés ?

(Arlette Laguiller, discoure du 12 mai 2008)

 

            Il faut toujours revenir aux origines : déjà, en 1947-1948, pour s'installer dans le territoire qui leur avait généreusement été octroyé par l'ONU, le gouvernement israélien avait chassé ignominieusement les gens qui y y habitaient. Car, selon leur fameuse théorie, les juifs colonisateurs étaient "un peuple sans terre" qui venait s'installer sur une "terre sans peuple". On voit bien le mensonge que recouvre ce slogan. 

            Depuis, les Israéliens se sont emparés d'autres terres, les fameux "territoires occupés", notamment en 1967, après la fameuse guerre des six jours. Quelques mois plus tard, le grand Charles (qui s'y connaissait en matière d'occupation et de résistance) dans un non moins fameux discours, avait dit  "Maintenant, Israël organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut pas aller sans oppression, répression, expulsion, et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’il qualifie de terrorisme". Ces paroles, les sionistres ne les lui ont jamais pardonnées.

            Aujourd'hui, ils bombardent, assassinent, emprisonnent, affament, chassent et déplacent des populations entières avec la bénédiction et le silence assourdissant des divers gouvernants de l'Occident, de nos médias (merdias ?) surpuissants, des actionnaires de nos marchands d'armes, comme témoigne le texte suivant publié par un gazaoui. Tant pis, je continuerai à tempêter dans le verre d'eau de mon blog, tant que ça ne cessera pas.

            Et, en fait, ça s'est même étendu à tout le territoire palestinien, à la Cisjordanie occupée, où les colons s'en donnent à cœur joie dans les destructions, pillages, assassinats, avec la bénédiction des forces armées qui laissent faire. Et on bombarde également le Liban et la Syrie. Pas un gouvernement au monde ne proteste !

 

le déplacement forcé à Gaza 

dans des conditions inhumaines

Déplacements forcés, pour certains à 5 ou 6 reprises

    Après avoir rompu les accords de trêve le 2 mars 2025, l’armée d’occupation a forcé 400.000 personnes à se déplacer à nouveau. Parmi eux, 300.000 sont obligés de vivre dans la rue, dans des tentes déchirées, au milieu des ruines, à côté des cimetières et des détritus. Les tentes et les caravanes n’entrent plus dans Gaza depuis le début de l’agression.

    Depuis le 7 octobre 2024, 1.400.000 Gazaouis ont déjà été déplacés par la force dans la bande de Gaza (60 % de la population civile). Certains d’entre eux ont déjà dû évacuer à 5 ou 6 reprises.

Prévenus par flyers, les gens ont 6 heures pour évacuer

    L’armée d’occupation, qui auparavant laissait 24 heures aux déplacés pour se préparer à évacuer ne leur donne aujourd’hui que 6 h. pour s’organiser. Les habitants sont prévenus par internet (quand il y a du réseau) ou au moyen de tracts et de flyers largués depuis des avions et provoquant des scènes de panique dans la population. Les gens ne prennent qu’un petit sac, leur tente, un matelas et fuient en laissant tout le reste derrière eux. Hommes, femmes, vieillards, enfants, ils sont obligés de partir à pied dans les rues défoncées pour se rendre dans un autre quartier où ils ne seront pas en sécurité quand même.

    De plus, il n’y a plus de voiture, plus de camion, plus aucun moyen de déplacement à Gaza. Et s’il y en avait encore, il n’y a plus d’essence. Les habitants, vieillards, hommes, femmes, enfants, sont obligés de marcher 5, 10 km, dans les rues défoncées. Ils ne peuvent rien transporter et laissent tout derrière eux.

    Pour la plupart, ils n’ont plus d’argent car, pendant la trêve, ils sont retournés chez eux et ont dépensé leurs dernières économies pour essayer de réparer leurs maisons détruites ou acheter des panneaux solaires.

Les déplacés fuient Rafah et se réfugient à Khan Younes

    Aujourd’hui, Rafah, la plus grande ville du sud de la bande de Gaza, est presque vide. Ses130’000 habitants ont été obligés d’évacuer pour trouver refuge à Khan Younes.

    Au nord, la ville de Gaza abrite aujourd’hui 1.400.000 habitants. Elle abrite 300’000 déplacés qui viennent de Beit-Hanoun, Jabalya et Beit Lahia.

Situation inhumaine

    A cette situation inhumaine s’ajoutent, depuis le 2 mars, la fermeture de tous les passages et la non-entrée des aides humanitaires. Il n’y a pas d’endroits prévus pour accueillir les déplacés qui ont fui les bombardements intensifs. Sans aide ni assistance, les déplacés sont obligés de vivre à 20 ou 25 par tente, dans des conditions inhumaines.

    On sent la colère et la tristesse. Les ordres d’évacuation deviennent toujours plus fréquents. Il n’y a aucun endroit sûr à Gaza.

Pas d’assistance, pas de moyens

    Les tentes neuves et les caravanes promises sont bloquées et ne peuvent entrer dans Gaza. En hiver, il faisait très froid dans les tentes ; cet été, il fera trop chaud.

    Souvent, les camions citernes qui transportent l’eau potable ne peuvent plus passer dans les rues défoncées par les bombardements et le passage des tanks israéliens. Tout est détruit, creuser des puits d’eau est difficile. Il n’y a ni gouvernement, ni autorité, ni organisation internationale ou locale pour aider les déplacés.

    Les organisations internationales qui apportaient assistance à la population n’entrent plus dans la bande de Gaza.

    Dans le silence complice de la communauté internationale, 2.400.000 Gazaouis survivent aujourd’hui dans des conditions catastrophiques et inhumaines.

Par Ziad Medoukh, enseignant à l’université de Gaza 

(quand il pouvait enseigner)

 

Alors, j'ai envie de crier, comme les manifestants de tous pays :  

Free Palestine 

Free Free Palestine / Free Free Palestine

Free Free Free Palestine 

Free Free Free Free Palestine

 

 

 



 





jeudi 3 avril 2025

3 avril 2025 : esclavage et liberté

 

Ils consacrent le plus clair de leur temps à exploiter la Nature, comme si elle était leur ennemie. Ils cherchent à la piller, à la plier à leurs quatre volontés, à lui faire rendre gorge.qui, parmi eux, prend le temps de la regarder ?

(Sophie Chérer, La couleur de la vanille, L’école des loisirs, 2013)

 

 Vraie couleur de la vanille (ne) - 1          

            Ferréol Bellier Beuamont est un botaniste et planteur de l'île Bourbon*, colonie française dans l'Océan Indien. Il est humain, a des esclaves, parce qu'on est dans les années 1830. Mais un jour, il découvre un bébé noir abandonné par sa mère et qui risque de mourir. Il est ému et l'emporte chez lui, où il le met entre les mains de nourrices. Le planteur a, comme il se doit, une belle villa, et décide de garder l'enfant, lui, le célibataire amoureux des plantes. Il le nomme Edmond.

            Il s'occupe du jeune enfant, tout en se livrant à ses recherches botaniques, et dès qu'Edmond peut courir, l'emmène partout avec lui; lui enseignant peu à peu les noms des plantes, des notions de grec pour saisir les étymologies, et de latin, pour l'initier à la classification de Linné. L'enfant se révèle un excellent élève, et Ferréol se transforme en père, mère, précepteur, ami, maître. et permet à Edmond d'échapper à l'esclavage et à ses maltraitances longuement évoquées.          

            L'enfant grandit, assiste au martyre des nègres, mais il est protégé par Ferréol. Vers l'âge de neuf, Edmond découvre le moyen de féconder la fleur du vanillier, et peu après, son maître, qui faisait partie des savants botanistes engagés dans cette recherche, s'aperçoit que c'est un enfant, qui plus est noir, qui réalise cet exploit. 

            Je n'en raconterai pas davantage, sinon que ce petit roman est une ode à la liberté, un grand roman sur l'esclavage, son abolition en 1848, et les années qui suivirent. Et comment le groupe des planteurs s'est ingénié à masquer l'auteur de la découverte, parce que c'était un enfant, de surcroît nègre. La reconstitution d'époque est convaincante, et je suis simplement étonné que ce roman soit paru seulement dans une édition pour la jeunesse. Et que, de ce fait, peu de lecteurs adultes l'aient lu. 

            Dommage. C'est vraiment très réussi.


* Ancien nom de la Réunion,nommée ainsi en 1848.

mercredi 2 avril 2025

2 avril 2025 : Le poème du mois : Henri Michaux

 Elle veut dire sans dire

avoue l'indicible 

plus qu'elle ne le formule

(Catherine Baptiste, Silence s'entend, Ed. du Cygne, 2025)


            J'ai la chance de connaître et de pratiquer l'amitié avec quelques poètes, femmes ou hommes, vivants. Parmi elles, Catherine Baptiste, de Poitiers, que je connais depuis les années 2000. J'apprécie beaucoup son écriture et suis toujours très heureux de voir une nouvelle parution de ses poèmes.

            Tout ça pour introduire un poète mort dans mes poèmes du mois. Mais ce n'est que partie remise pour Catherine Baptiste, qui est encore jeune (je pourrais être son père) et qui a encore beaucoup à nous apporter. Quant à Michaux, son poème me parle, j'espère qu'il vous parlera auss !

 

                                 EMPORTEZ-MOI

 

                Emportez-moi dans une caravelle,
                Dans une vieille et douce caravelle,
                Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
                Et perdez-moi, au loin, au loin.

                Dans l'attelage d'un autre âge.
                Dans le velours trompeur de la neige.
                Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
                Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

                Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
                Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
                Sur les tapis des paumes et leur sourire,
                Dans les corridors des os longs et des articulations.

                Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

                            L'espace du dedans  (Gallimard, 1998)

                                Henri MICHAUX