Le cyclo-lecteur

Le cyclo-lecteur
Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

mercredi 15 novembre 2017

15 novembre 2017 : humiliés et offensés


qu’adviendrait-il de l’Amérique blanche si elle devait être confrontée, dans la banalité du quotidien, à l’égalité entre ceux qui se sont inventé une histoire nationale de tolérance et de grandeur, et ceux, les Noirs, qui sont la trace vibrante et turbulente de la preuve que cette histoire n’est qu’une fable ?
(Christiane Taubira, Préface à Ta-Nehisi Coates, Le procès de l’Amérique, trad. Karine Lalechère, Autrement, 2017)

Depuis quelque temps, je me sens plus léger. Hier, c’était même extraordinaire, j’avais l’impression que si le vent se mettait à souffler, je m’envolerais !


Il faut dire que j’ai fait de bien belles lectures, le livre de Ta-Nehisi Coates par exemple, Le procès de l’Amérique (Autrement, 2017), réquisitoire implacable contre l’Amérique blanche malade du racisme, ou celui d’Asli Erdoğan, Le silence même n’est plus à toi (Actes sud, 2017), réquisitoire tout aussi implacable contre la dictature turque actuelle, qui emprisonne par centaines et par milliers les opposants, qui assassine les Kurdes du PKK (ou ceux suspectés de l'être, donc "terroristes" en puissance=, ce qui arrange bien nos soi-disant démocraties, toujours prêtes à disserter savamment sur le "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", mais refusant de reconnaître les référendums organisés pacifiquement (chez les Kurdes d’Irak, chez les Catalans, où même un grand nombre de votants furent sauvagement matraqués par la police dans le silence sidérant de l’Europe) quand le résultat leur déplaît.


Jai vu aussi de bien beaux films, la plupart du temps extrêmement durs, même d’une noirceur absolue, le film russe de Zwiaguintzev, par exemple, Faute d’amour, où l’on voit des adultes vivre leur vie sans se soucier des enfants qu’ils ont faits, enfants qui en meurent, Derrière les fronts : résistances et résiliences en Palestine, d’Alexandra Dols, qui relate sans concessions les effets dévastateurs de l’occupation israélienne sur l’esprit des Palestiniens, ou L’enclos, une rareté d’Armand Gatti datant de 1960, jamais vu encore, et qui met au jour la barbarie nazie (ce n’était pas sans évoquer l’usage de la torture et du meurtre tels que je venais de les lire dans les deux livres précités ou de les voir dans le film sur la Palestine).


Et j’apprends ce matin à la radio qu’une polémique agite notre petit Landerneau, entre Médiapart et Charlie hebdo. Ce dernier hebdomadaire et leurs rédacteurs, on se demande dans quel monde ils vivent : certainement pas dans un pays où vivent plus de 5 000 000 de musulmans. Ils ne doivent pas non plus se promener dans les quartiers où ces derniers habitent. Ils sauraient alors, en parlant avec les gens, que leurs couvertures bêtes et méchantes (et rarement drôles, ça ne doit faire rire qu’eux !), imbécilement agressives et souvent en dessous de la ceinture, y sont perçues comme des provocations, notamment par les jeunes et font le lit de la radicalisation chez certains.
Je me souviens que mon sujet de philosophie au baccalauréat de 1964 fut : « Peut-on tirer des leçons du passé ? » Personnellement, je crois que oui : tant au niveau individuel (bien qu’il nous arrive de rééditer deux fois la même erreur) qu’au niveau collectif. L’Allemagne a bien fait son mea culpa, et octroyé des réparations à Israël dans les années 50 et 60. En France, nous n’avons toujours pas réussi à mettre sur le tapis notre problème colonial, pensant sans doute que la décolonisation avait clos la question de l’esclavage, des diverses spoliations, des humiliations. Et Charlie serait mieux inspiré en essayant de nous parler un peu du néo-colonialisme et des effets du libéralisme mondialisé, plutôt que d’ajouter de nouvelles offenses et humiliations à ceux qui en sont déjà largement abreuvés.

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