Le cyclo-lecteur

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Photo Juan Camilo Martinez Otálvaro (2013)

dimanche 5 mars 2017

5 mars 2017 : une pièce de Goethe


Malheur à qui, loin de ses parents et de ses frères et sœurs, mène une vie solitaire, le chagrin l’empêche de profiter même du plus grand bonheur, l’essaim de ses pensées le ramène toujours vers la demeure de son père, là où le soleil d’or, pour la première fois, lui ouvrit le ciel, où dans les jeux fraternels se nouaient les liens les plus tendres et aimants.
(Johann Wolfgang von Goethe, Iphigénie en Tauride, trad. Bernard Chartreux, L’Arche, 2016)




Je n'avais pas lu de pièce de Goethe depuis des décennies. je me souviens que son théâtre m'avait enthousiasmé pendant mes années lycée. Qu'on avait même joué Egmont à la télévision vers 1962 (?). Impensable aujourd'hui, où le théâtre classique (même français) est relégué aux oubliettes !


Iphigénie en Tauride se passe plus de dix ans après le début de la guerre de Troie. On retrouve Iphigénie, sauvée du sacrifice à Aulis par la déesse Diane, exilée comme prêtresse de cette même déesse dans ce lointain pays barbare, où elle a réussi à convaincre le roi Thoas de renoncer aux sacrifices humains des étrangers qui débarquaient sur le rivage, sacrifices que l’on offrait à la déesse. Le roi Thoas, veuf et qui vient de perdre son dernier héritier, demande à la jeune femme de l’épouser. Elle réserve sa réponse. Or, voilà que débarque Oreste, accompagné de Pylade, venus dérober la statue de la déesse. Oreste était un tout jeune garçon quand Iphigénie disparut soudain à Aulis. Aussi ne se reconnaissent-ils pas. Mais Thoas, ulcéré par le refus possible d’Iphigénie, lui ordonne de reprendre les sacrifices en sacrifiant les deux étrangers qui viennent de fouler le sol de Tauride. Iphigénie, peu encline à relancer les sacrifices humains, interroge Oreste et Pylade, et de fil en aiguille, découvre qu’Oreste est son frère. En fin de compte, Iphigénie, Oreste et Pylade pourront quitter la Tauride, Iphigénie réussissant à panser par sa douceur et sa bonté l’âme revêche du roi

 
Bien sûr, on peut voir ici, dans cette modernisation de la tragédie d’Euripide, le fruit du siècle des Lumières et de la condamnation des coutumes barbares. Oreste, qui arrive, après avoir tué sa mère Clytemnestre (pour venger le meurtre de son père Agammemnon), n’est qu’un jeune homme rongé par le remords, Il est devenu presque fou, et il faudra le tendre dévouement d’Iphigénie pour le convaincre de renaître à la vie et de la ramener avec lui en Grèce. Pylade avait conseillé à Iphigénie de mentir au roi Thoas, pour masquer leur fuite. Mais Iphigénie, noble âme, choisit de dire la vérité au roi. Thoas, bien que rustre et sauvage, est ébloui par la persuasion de la jeune vierge, et les laisse quitter la Tauride.

Cette superbe pièce de Goethe est présentée ici dans les deux versions, la primitive en prose, et la version finale en vers. C’est tout bonnement merveilleux !

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