jeudi 23 juillet 2026

23 juillet2026 : vivre et mourir

Personne ne se prépare à ce moment. Nous pensons tous qu’il n’arrivera pas, alors que nous nous savons mortels depuis le naissance. Comme si notre voisin, parfois moins âgé, pouvait mourir, mais pas nous. 

(Alain Charles, L’attente, Ex Æquo, 2024)

 

                    Il y a des jours comme ça, et surtout des nuits (en particulier pendant mes insomnies, et depuis quelque temps, quand je me réveille la nuit, je me dis : "Tiens, t'es encre vivant, mon pote !") où je songe à la mort, la mienne, bien entendu, mais aussi celle des autres, les victimes des guerres, des incendies, des noyades, des inondations, des accidents, des famines, de la soif... Mais dans mon cas, comme tout le monde, plus ma vie s'allonge et plus elle se rapproche de la fin. Je suis déjà très étonné d'avoir atteint un âge si avancé. Il y a peu encore, dans les années 50, pendant mon enfance, j'aurais été catalogué dans les très vieux ! Rares en effet, parmi les villageois (puisque j'habitais dans un village des Landes), étaient les hommes qui atteignaient cet âge. 
                    Et cet été caniculaire, qui voir augmenter le nombre de décès (+ 6000  en juin en France, nous claironnaient hier les statistiques) n'est pas fait pour oublier l'inéluctable. Hier, au GEM (Groupe d'entraide mutuelle) où je mange de temps en temps, on parlait de la mort. C'est curieux de voir comme les gens de cet organisme, prétendûment "anormaux" (généralement, ils ont eu affaire à la psychiatrie), n'hésitent pas à voir en face les grands problèmes de la vie. Alors que les gens dits "normaux" (mais cette catégorie existe-t-elle réellement ?) ont complètement oblitéré le sujet, devenu tabou ! Un peu comme la vieillesse, d'ailleurs, vue exclusivement comme une déchéance tragique de la personne.
                    Les gemmeurs (j'appelle ainsi les adhérents des GEM, dont je suis) n'usent pas de circonlocutions et acceptent quand je leur dis que je suis vieux. Non, mesdames et messieurs, je ne suis pas un aîné, une personne âgée, un ancien, un sénior, un croulant, un fossile, un gâteux, un vétéran, ou plutôt, je cumule tout cela dans l'adjectif vieux, à la fois plus simple et que je trouve plus adéquat.  Et chaque qu'on me dit : "Mais non, tu es encore jeune !", je pense que mon interlocuteur se fout de moi. J'ai pourtant envie de lui dire : "C'est vrai, dans ma tête, j'ai toujours vingt ans... Mais le corps, lui, me rappelle sans cesse mon âge !"  
                    Une des gemmeuses,  celle qui avait mis la question sur le tapis, m'avait dit : "J'ai peur de la mort, peur de voir le médecin, peur de ce qu'il va m'annoncer, peur de l'avenir..." La discussion s'est alors orientée sur vivre le présent, le carpe diem latin, c'est-à-dire cueillir le jour qui vient, l'accueillir et le vivre pleinement. Ce que Ronsard a aussi magnifiquement écrit dans un des Sonnets à Hélène :
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
                    Voilà, lors de mes rencontres, lors de mes déplacements, lors des mes voyages, je trouve que s'il y a des épines dans la vie, je m'efforce de voir surtout les roses qui les entourent, même en ces temps de canicule où je ne reste pas enfermé, loin de là. Et, circulant à vélo, j'ai beaucoup moins chaud que si je marchais à pied. 
tableau vu dans une exposition à Bédarieux (Hérault) en 2025
 
 
 

 

mercredi 22 juillet 2026

22 juillet 2026 : les petites histoires de Jipé : 6

 

peur et impuissance, peur par impuissance, impuissance par peur…

(Jean-Paul Sartre, Situations V, Gallimard, 1964)

 

                      Il y a beaucoup d'irrationnel dans beaucoup de situations ou de sentiments. C'est ainsi que la peur peut être terrible : ne plus sortir de chez soi, sous prétexte de pandémie, de criminels qu rôdent, de lion qui s'est échappé d'un zoo, de difficulté de traverser une rue quand on est handicapé, de pluie ou de canicule... Enfin avoir peur de tout, et pour un chat, le comble ce serait d'avoir peur d'une souris. Mais, dans l'histoire qui suit, ce n'est pas le chat qui a peur, mais son maître, un costaud pourtant, qui a peur des souris.

                    Je me souviens de ma première piaule d'étudiant, où j'ai été réveille en sursaut par une souris qui, sortie d'un trou dans le mur, est tombée sur mon visage alors que je dormais. J'habitais alors une pension de famille (dans le style de la Pension Vanilos, polar d'Agatha Christie, que je venais de lire) à Pau. C'était une villa à l'anglaise datant de la fin du XIXème siècle, où Pau était une villégiature pour tuberculeux. Il y avait pourtant un chat dans la maison. Mais le gredin était trop bien nourri. Avec les trois autre pensionnaires, nous avons exploré les murs de ma chambre. on a dénombré pas moins de neuf trous. Un des pensionnaires, qui avait eu la même mauvaise surprise, avait bouché les trous avec du papier, de la colle et des petites punaise enfoncées dans le papier. Nous n'entendîmes plus parler des souris. C'était un peu méchant, mais elles ont dû creuses d'autres trous ailleurs.

                   Le chat Belzébuth raconte l'histoire suivante, car si vous ne le saviez pas, apprenez que les chats parlent, surtout quand ils ont à se plaindre de leur maître !                

 

 

Le maître, son chat et les souris


        Mon maître, qu’on appelle Kilomètre, parce qu’en plus d’être humain, il est très gros, a horreur des souris. C’est drôle, quand même, qu’un malabar pareil tremble dès qu’il en voit une ! Ça me fait toujours rire.

        Il me dit toujours : " Mais qu’est-ce que tu fous, Belzébuth (c’est le nom étrange qu’il m’a donné) ? Depuis que tu es avec moi, il n’y a jamais eu autant de souris dans la maison. Ça m’embête, tu sais. On t’avait recommandé comme un terrible attrapeur de souris. Si ça continue, je vais être obligé de te renvoyer ! "

      Je lui réponds dans ma langue de chat (qu’il comprend ou pas) : " Oui, mais moi, je m'ennuie ici ! Et les souris, au moins, elles m’amusent. Je joue avec elles. Et elles adorent ça ! Tandis que toi, ru passes ton temps sur l'ordinateur, tu ne joues jamais avec moi. Alors, quand tu montes sur une chaise ou un escabeau pour attraper un dossier ou un livre, et que dès que tu vois une souris et fais la grimace, tu pousses des cris d'orfraie ! Et tu n'as plus envie de descendre ! Alors là, c'est bien les seuls moments où j’avoue que tu m’amuses ! "

        J’ai envie d'ajouter : « Dommage que ça n’arrive pas plus souvent ! Vivent les souris ! »


 

 


 

 

mardi 21 juillet 2026

21 juillet 2026 : canicules

 

CHALEUR : Toujours insupportable. Ne pas boire quand il fait chaud. 

Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, Mille et une nuits, 1994)

 

 

                    Je me souviens des étés caniculaires de ma jeunesse, de mes vacances à Gouze  (petit village des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées Atlantiques, plus aucun département ne voulant être qualifié de Bas, sauf le Bas Rhin) chez mon oncle, ma tante et mon cousin où il faisait toujours chaud. A Cauna, dans les Landes, chez nous, ma grand-mère maternelle disait souvent : "C'est du feu !" Plus tard, pendant mes années étudiantes, j'étais moniteur à la colonie de vacances de Bedous dans la vallée pyrénéenne d'Aspe, et heureusement qu'on avait des arbres et qu'on emmenait volontiers les enfants en forêt. Je ne me souviens guère des jours de pluie, ni à Gouze, ni à Cauna, ni à Bedous. 

                    Plus tard, jeune homme, je vécus  l'été de la sécheresse à Auch, en 1976, avec peut-être quinze jours de vacances à Cère, dans les Landes où mes parents avaient émigré. Là aussi, ce fut caniculaire, mais ça ne nous empêchait, mes petites sœurs et moi, d'organiser des virées et des jeux dans la forêt landaise limitrophe avec baignade dans la rivière Estrigon pour se rafraîchir. Et on buvait pas mal d'eau, ne suivant pas du tout l'idée reçue signalée par Flaubert.

                   On n'avait pas cette météo toujours prête à nous débiter les effets de chaud presque à la minute près, en continu comme sur nos smartphones actuels... On acceptait le temps qui venait sans en faire tout un plat. Je me souviens d'être allé discrètement dans la forêt proche, me déshabillant intégralement et faisant une petite sieste sous les fougères, où parfois un petit coulis de vent un peu frais (ou qui me semblait tel) me donnait la chair de poule. Je ne me plaignais pas de trop de la chaleur. Ce sont plutôt les quelques étés pourris, frais et pluvieux, qui me/nous paraissaient anormaux !

 

                    Aujourd'hui tout le monde se plaint de la canicule, des incendies dévastateurs, du manque d'eau pour les plantes et pour les animaux. Mais personne ne se plaint des nuisances des piscines individuelles de plus en plus nombreuses, alors que l'on manque d'eau. Personne ne se plaint de l'excès des climatiseurs en activité, alors que j'ai vu et senti en 2020 à Basse-Terre en Guadeloupe la nuisance extrême de ces outils. Quand je travaillais là-bas de 1981 à 1984, seules les institutions (Conseil général, Préfecture, Archives...) étaient équipées ; le midi, deux fois par semaine, j'allais à pied de la Bibliothèque où je travaillais jusqu'à la salle de musculation où j'allais me détendre, à l'autre bout de la ville, un bon quart d'heure de marche. Pendant mon récent séjour, j'ai voulu refaire le même trajet. J'ai pu  en sentir les effets en longeant les trottoirs le long de toutes les maisons et immeubles d'appartements, la plupart équipés et rejetant dans les rues un air surchauffé très nuisible. Plus personne ne pouvait circuler à pied bien longtemps, donc il y avait davantage de voitures et les effets de chaleur étaient multipliés.

                    Alors, non à la climatisation généralisée qui doit jouer un rôle non négligeable dans le réchauffement climatique. Soyons sobre, là comme ailleurs. Nous vivons une époque terrible. Mais la canicule affecte davantage que nous les Palestiniens martyrisés et bombardés. Ils n'ont pas de piscines, eux, pas ou presque d'électricité, même pas d'eau courante et potable en suffisance, ils sont affamés par les oppresseurs et ne peuvent pas s'échapper. Les Libanais de même, les Iraniens idem, et tant d'autres peuples victimes de la vindicte des puissants de ce monde. Nous avons aussi nos souffre-douleurs : les SDF qui meurent en silence, les handicapés psychiques et physiques, beaucoup de nos vieillards solitaires et abandonnés, les femmes et les enfants battus et violentés, les pauvres et les misérables de notre temps...

                    Si la canicule nous fait du mal, pensons à eux qui en souffrent bien davantage !