mardi 23 octobre 2007

23 octobre 2007 : Coucou, me revoilou !

De fait, me revoilà.
Après plusieurs mois de repos - très relatif, car je n'ai pas cessé de faire de vélo, dans la Vienne bien entendu, mais aussi en Bretagne le long du canal de Nantes à Brest, de Châteaulin à Malestroit, d'engranger des lectures, de lire à haute voix, en famille, à la Maison d'arrêt ou en public - je vais reprendre mon journal, au fur et à mesure de l'avancée du projet 2008 : cette fois, j'envisage de parcourir le sud et le sud-est, du Gers à la Savoie, probablement plus de 1500 km.
J'ai lancé quelques appels à des bibliothèques, sans grand résultat, faut bien dire. Je me rends compte que ça se fera plus par connaissances, bibliothécaires connus, famille, amis, que par un appel dans le désert. Ou bien on ne lit pas les courriers que j'ai envoyés, ou bien on ne sait plus écrire, puisque je n'ai guère de réponse, même par mél, ou bien on n'est pas intéressé par une animation gratuite, ou bien on a de mauvais échos de mes prestations du printemps dernier ! Tout est possible, il va donc falloir que je prenne mon bâton de pélerin, c'est-à-dire le téléphone, que je n'aime pas trop, avouons... Je préfèrerais être appelé, plutôt que de quémander une réponse !
Bon, on verra bien, nous ne sommes que fin octobre. L'an dernier, j'avais fait mes démarchages en janvier seulement, j'ai donc un peu d'avance.
La Bibliothèque départementale du Gers doit m'organiser ma semaine de départ, fixée du 24 au 29 mars... Dans l'Hérault et dans le Gard, j'ai des contacts avérés, des dates à fixer.
A l'occasion de Lire en fête, j'ai été invité à Auch récemment pour fêter Marius Noguès, le paysan-écrivain sur qui j'avais écrit une conférence en 1975 pour l'Association des amis de la Bibliothèque centrale de prêt. Ce texte a été publié deux fois, en préface à Grand guignol à la campagne, la nouvelle oeuvre que Marius venait d'écrire et dont il m'avait confié le manuscrit, puis dans le Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers. Ce fut en fait mon premier texte publié.
J'ai retrouvé avec plaisir Marius, à peine marqué par les ans, 88 ans tout de même, toujours aussi féroce dans sa dénonciation de l'industrialisation de la campagne. J'en ai profité pour relire ses textes, qui n'ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur charme, de leur poésie aussi ; j'étais enchanté.
Et j'ai revu aussi mes anciennes collègues, dont deux encore sont en activité, et qui m'avaient retrouvé grâce à mon site, retrouvailles chaleureuses, on a discuté "boutique", bien que j'ai un peu perdu pied depuis deux ans de retraite. Et l'ancien conducteur du bibliobus (74 ans), à qui me liait une sorte de fraternité semblable à celle des poilus : nos tranchées à nous, c'était les tournées de bibliobus, dont il faudra peut-être que j'écrive l'épopée un jour ! Il ne connaissait rien aux livres, mais a vite appris le classement, les différents genres de livres, et j'ai toujours été fier de lui. Pendant qu'on roulait, on discutait jardinage, campagne, oiseaux, chasse, vélo (il avait été coureur cycliste dans une vie antérieure), famille, ou je le laissais tranquille pour qu'il soit attentif à la route. On formait une belle équipe, il m'a toujours regretté, me l'a de nouveau répété. Je crois qu'il pensait ne plus me revoir. J'étais ému, mais lui peut-être plus que moi !
Quand je disais que ce projet me faisait remonter le temps !

vendredi 29 juin 2007

29 juin 2007 : codicille : le vélo, encore et toujours

Il n'est pas inutile de revenir sur les bienfaits de la bicyclette, dont les effets se font sentir encore près d'un mois après le retour. D'autant plus que, bien entendu, je n'ai pas cessé de monter sur ma bécane !
Ma vélo-thérapie (je songe à écrire un article, voire même un livre sur ce thème), car c'est ainsi que j'appelle ma manière d'utiliser le vélo, contribue fortement à mon bien-être. Et je suis persuadé qu'il y aurait beaucoup moins de monde chez les toubibs et les psys, beaucoup moins de déprimés, beaucoup moins d'obèses, beaucoup moins de "mal dans leur peau", si l'usage de la vélo-thérapie se répandait. Il ne s'agit nullement de faire la course et des exploits sans nombre : au contraire, je fais du 15 km/h en ville et du 18 à 20 à la campagne, ce qui est à la portée de tous. Mais de faire un usage habituel de la bicyclette, et de rendre à la voiture automobile son usage occasionnel, qu'elle n'aurait jamais dû perdre. Usage rendu nécessaire quand nous sommes plusieurs, bien sûr, ou pour transporter des éléments encombrants. Je me suis amusé un jour à faire des statistiques (qui valent ce qu'elles valent).
Sur un point donné, j'ai compté les voitures qui passaient devant moi pour aller dans la direction du centre de Poitiers : sur 1000 (je ne suis pas allé plus loin, mais le pourcentage n'avait guère varié depuis les cent premières), je n'en ai trouvé que 93 qui transportaient plus d'une personne, soit moins de 10%. Le co-voiturage est encore dans les limbes. Alors même que les bus, qui venaient pourtant du parcobus, où les automobilistes peuvent laisser gratuitement leurs véhicules, étaient pratiquement vides... Quel gâchis !
A tel point que j'envisage, quand nous abandonnerons notre voiture devenue trop vieille, de ne pas la remplacer, et de pratiquer la location quand le besoin s'en fera sentir, ou le taxi pour une course brève, si je n'arrive pas à grimper dans le bus. Avec moi, ce besoin est rare : je fais la majorité de mes courses à vélo, je vais au cinéma et au théâtre à vélo, je rends visite à mes amis et connaissances à vélo, je vais à notre jardin associatif "Jardi'nature" à vélo, je vais dans mes bibliothèques préférées à vélo, je fais le vaguemestre pour mes associations à vélo, tout ceci étant dans un rayon de moins de 10 km... En fait, dans une ville moyenne comme Poitiers, le vélo est le véhicule idéal. Et nul besoin d'avoir des mollets herculéens ou des épaules "mauresmoéennes", un peu de courage seulement (et encore au début seulement pour affronter les côtes du centre ville), puis on ne peut plus s'en passer.
Et je peux affirmer sans rire que mes jours sans vélo sont de loin les moins amusants de ma vie actuelle ! Autant que les jours - très rares - où je n'ai pas ouvert un livre !
Non seulement le vélo permet de vivre au grand air, non seulement il fait circuler le sang des pieds jusqu'à la tête, ce qui fait que le cerveau carbure à plein rendement, non seulement il assouplit le corps, mais surtout il donne une épaisseur au temps, ce fameux temps qui nous file soi-disant entre les mains. Il est curieux que plus les véhicules vont vite (automobiles, TGV, avions), plus les déplacements paraissent fastidieux, plus on a hâte d'arriver et plus on voudrait être arrivé presque avant de partir. A vélo, jamais ! On n'est jamais pressé (mon garçon de restaurant de Saint-Symphorien avait raison) et il arrive au contraire qu'on fasse des détours uniquement pour le plaisir de prendre le chemin des écoliers, un souvenir d'enfance sans doute... Détours qui m'étaient coutumiers en particulier quand j'allais au travail, je tenais, pour arriver en forme, à faire davantage que le 1,8 km qui me séparait de ma chère BU.
Chaque journée qui passe devient comme une rivière tranquille, qui s'en va vers l'océan, nous laissant calme et en état de grâce. L'oeil est sans cesse sollicité et souvent ravi, l'oreille et le nez aussi, du moins à la campagne, la peau frémit au vent et se colore sous le soleil... Tout se nuance, tout palpite, tout chante, tout charme... La nature, le ciel, les bois et les champs, les paysages, les villages et villes sont une scène sur laquelle nous jouons, et mieux qu'au théâtre, où nous improvisons notre partie. On se salue entre cyclistes, on s'arrête pour dire quelques mots aux personnes de connaissance, ou pour contempler une fleur ou un cheval, un château ou une église, on n'a surtout pas cette impression d'être enfermé dans une boîte.
Que du bonheur !
Et ma grande hantise est d'être atteint un jour de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge) ou d'affaiblissement progressif, d'être obligé en somme d'abandonner cet extraordinaire moyen de locomotion. Ce ne sera pas sans tristesse, alors que j'ai déjà fixé sans le moindre remords le jour où je déchirerai mon permis de conduire, ce chiffon de papier !
Et mon rêve, c'est comme Molière sur une scène de théâtre, de quitter définitivement ce monde sur mon vélo !

jeudi 7 juin 2007

8 juin 2007 : post-scriptum

Et voilà, la boucle est bouclée, la routine (peut-il y avoir de la routine avec moi ?) reprend ses droits : famille, maison, travail associatif, jardinature, qi gong, lectures, écritures et bicyclette...
Quel bilan tirer de cette expérience ?
D'abord, s'y prendre beaucoup plus tôt pour élaborer la tournée, afin d'avoir un planning un peu plus soutenu. Je n'ai eu qu'une seule semaine avec trois journées consécutives de lectures, c'est pourtant idéal : mardi, mercredi, jeudi. Avec éventuellement le lundi ou le vendredi, ça pourrait même aller jusqu'à quatre prestations par semaine. C'est un tel bonheur de partage avec ces publics si différents, et ça me donne une telle énergie, en plus de celle apportée par le vélo.
De ce côté, j'ai calculé que mes dix-sept jours réels de déplacement ont cumulé 1020 km de vélo, soit une moyenne de 60 par jour, moyenne très suffisante, mais c'est allé de 117 km une fois à seulement 10 km un autre jour. Je n'ai nullement l'intention d'accomplir un exploit extraordinaire... Restons modestes quant aux distances. Et, l'an prochain, partant de Toulouse pour rallier les Alpes, je ne reviendrai sans doute à Poitiers qu'à la fin, il faudra donc imaginer une autre forme d'itinéraire.
A cela se sont ajoutés les nombreux déplacements en train, soit pour couper court dans une étape trop longue, soit pour revenir à Poitiers le week end, parfois en laissant le vélo au loin. Le train, c'est merveilleux, surtout les TER, plus lents, que j'ai redécouverts à cette occasion, puisqu'ils sont seuls à prendre des vélos... Même moins confortables que le TGV, ils permettent une autre approche des paysages et des hommes. Et probablement j'utiliserai encore le train l'an prochain pour raccourcir certaines distances.
Les textes ? Certains n'ont pas fonctionné, soit parce qu'ils étaient mal placés : commencer par un poème, par exemple, n'est pas une bonne idée. Il est plus difficile de lire des poèmes que de la prose. Il faut donc avoir un peu échauffé le public - et soi-même - avant d'oser un poème. Soit parce que trop longs. En fait, à partir du moment où je faisais le choix de lire plusieurs textes, il fallait que chacun d'entre eux soit bref et percutant. Un texte trop long, peut-être moins passionnant, tombe mal et fait baisser la pression.
L'idée d'utiliser le bâton de pluie entre chaque texte,
suggérée par Claire et inaugurée dans les Landes, s'est révélée très positive, ça laisse de la respiration entre chaque texte, et le temps de souffler, tant au lecteur qu'aux auditeurs.
Le public a toujours été merveilleux. Bien sûr, je ne m'attendais pas à être chahuté ou sifflé... Quoique... Mais on aurait pu bailler, s'agiter, partir avant la fin... Surtout les jours où j'étais en moins bonne forme. Il faut dire que ne sont venus que des personnes intéressées. Parfois avec des enfants : je n'avais pas prévu la présence d'enfants, et il est certain que les textes n'étaient pas choisis spécialement pour eux.
Quand on m'a demandé de lire à un public spécifiquement scolaire, à Salies-de-Béarn, j'ai choisi parmi mes textes ceux qui me semblaient les mieux adaptés, l'un d'entre eux, sans action, ne convenait pas. De plus, il y avait deux classes, et donc un nombre trop élevé d'auditeurs : j'ai besoin d'un cercle restreint que je peux couver des yeux, en fin de compte pas plus d'une classe, mon animation n'est pas un spectacle. Il faudra donc que je prévois pour l'an prochain un programme spécifique "enfants", et peut-être un autre pour collégiens... Quant aux personnes très âgées, autre public particulier, j'ai été surpris par leur sérénité et leur qualité d'écoute. Là aussi, il faudra que je veille à trouver un programme adapté, le texte de Maupassant, même s'il leur a plu, n'était peut-être pas tout à fait indiqué. Par contre, les fables de La Fontaine, oui.
Un mot enfin sur les personnes qui m'ont accueilli et qui ont organisé ces rencontres : bibliothécaires professionnels ou bénévoles, membres de ma famille, gestionnaires d'associations, hôtes en famille ou en chambre d'hôtes, je n'ai eu qu'à me louer de leurs services. Tout était préparé avec le plus grand soin, le plus souvent un petit pot convivial suivait la rencontre. J'ai pu retrouver de nombreuses personnes perdues de vue depuis quelque temps, ce qui était un des objectifs de mon projet, et renouer des liens, et aussi découvrir des gens hospitaliers et originaux... Parfois même qui écrivaient, et qui m'ont fait part de leurs textes inédits ou de leurs livres publiés.
Ce fut un beau voyage, au sens vrai du terme, pas un simple transit... Grâce à la lenteur du vélo et aux sensations données par la durée et les paysages traversés, aux retrouvailles faites ici et là, aux souvenirs ressurgis, j'ai en quelque sorte remonté le temps...